Pour ce début d’année 2021, l’Espace Saint-Ravy a le plaisir d’accueillir l’artiste Stéphane Kouchian. Diplômé du MO.CO. Esba (École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier) en 2008, il développe un travail plastique à plusieurs échelles autour du consumérisme et les déviances qui en découlent, usant d’éléments issus de la culture populaire - univers du jouet, de la mode et des loisirs créatifs.

Le titre de l’exposition « PETROLEUM » vient du latin médiéval, petra (« pierre ») et oleum (« huile »), ce qui signifie « pétrole » qui lui-même renvoie au plastique, matériau qui connut un franc succès à partir du XIXe siècle, faisant entrer l’humanité dans l’âge du pétrole (Petroleum Age). Mais c’est à partir du XXe siècle qu’il contamine intégralement nos quotidiens, même dans l’appellation « des arts plastiques ». Des artistes comme Naum Gabo, László Moholy-Nagy, Alberto Burri, Daniel Firman, Kiki Kogelnik, Claes Oldenburg ou encore Donald Judd s’en emparent et expérimentent ses multiples possibilités. A la fois synonyme de progrès et de révolution technique, mais aussi personnification du désastre écologique, le plastique est un moyen pour Stéphane Kouchian de questionner, au-delà d’une matérialité et d’une apparence séduisante ce matériau insaisissable afin de cerner à sa façon la pluralité de ses formes.

Le choix du titre « PETROLEUM » suggère ainsi cette ambivalence qui dicte notre rapport au pétrole et au plastique : entre fascination et répulsion, entre nécessité et menace.

Le projet « PETROLEUM » se présente comme un terrain de jeu dans lequel se déploie un vocabulaire pictural décliné sur différents supports. Considérant toutes les formes de ses productions comme communicantes et décloisonnées, l’intermédialité des œuvres de l’artiste prend naissance dans la convergence d’images allusives, de médiums faisant référence à d’autres. Dans une démarche d’expérimentation perpétuelle, alliant pop art et art conceptuel, Stéphane Kouchian procède également à des jeux de changements d’échelles, d’agrandissements ou de miniaturisations, et déplace des éléments issus de la culture populaire dans le champ de l’art.

L’exposition se décompose en deux parties : Dans la première salle le spectateur découvre la série de peintures sculpturales Plastiques II (2019), composée de plusieurs agrandissements de boucles d’oreilles pop reproduites à échelle 25 investissant le mur de la galerie, ainsi qu’une série de peintures radicales Aphantasia (2019-2020) - dont le geste non-artistique et provocateur rappelle une évidente esthétique pop mêlée à un protocole conceptuel qui rencontrerait des formes abstraites et minimalistes -, et enfin la sculpture/installation Barbie, Visite au Musée (2016), détournement d’une icône de l’American way of life qui in fine lui permet grâce à la miniaturisation de ses propres œuvres de mettre en abîme l’expérience muséale et de poser une question particulièrement significative : comment regarde-t-on aujourd’hui l’art contemporain ?

La deuxième partie de la galerie est dédiée au projet La Traversée (2020). Dans la continuité des recherches esthétiques autour de la couleur et de la matière l’artiste a réalisé une série de sculptures d’animaux tissés en perles de bois, composée d’un paon, d’une cigogne, d’un singe, d’une mouche, de deux chiens, d’un perroquet, d’un cobra et d’un flamant rose. Ces objets, prenant pour modèles des animaux miniatures en perles de rocaille issus de manuels de loisirs créatifs, sont agrandis 16 fois et télescopés dans l’espace d’exposition à la manière d’images inanimées, désincarnées, réduites à une idée, à un symbole d’elles-mêmes. Par exemple, le perroquet par sa faculté à imiter la voix humaine est le symbole de l’éloquence et de la beauté mais est également utilisé comme une représentation de l’exotisme. Le chien, descendant du loup gris, est le premier animal domestiqué et « créé » par l’Homme, on le considère dans différentes cultures comme un compagnon protecteur, gardien des Enfers, ou comme guide des âmes vers le royaume des morts. Abordant les schémas de tissage à la manière de protocoles conceptuels, Kouchian rejoue ces gestes répétitifs, dépourvus de singularité et réalise des reproductions / compositions sarcastiques d’animaux aux couleurs acidulées, qui découlent de nos conceptions simplistes du monde animal. Énigmatiques et dérangeants, ces animaux-objets d’apparence plastique s’érigent dans la pénombre, dramatiquement éclairés, comme des colosses déchus, accablés par la main de l’Homme.

Biographie :

Après une formation complète aux Beaux-Arts de Montpellier, Stéphane Kouchian poursuit sa carrière à Paris où ses connaissances du développement web, des outils de création numérique et de la stratégie digitale lui ont permis de fonder son entreprise aujourd’hui basée à Montpellier, et de collaborer avec de grands noms de la mode, du cosmétique et de la culture tels que Dior, Chanel, Burberry, Lalala production, Arte ou encore La Prairie. Outre la mode, l’art et le digital, Kouchian montre également un intérêt marqué pour la musique puisqu’il a travaillé pendant plusieurs années pour des musiciens indépendants. Il a ainsi collaboré avec des artistes comme Chilly Gonzales, Krikor, Born Bad Records, Piers Faccini, Tom of Finland, Mirways, Gesaffelstein ou Dj Hell. Lui-même musicien, il compose des musiques flirtant avec l’expérimental, et élabore des lives de musique électronique improvisée.

Ses œuvres ont été montrées à Montpellier au Carré Saint-Anne, à la Halle Tropisme, à la galerie Annie Gabrielli et à la Galerie AL/MA, à Aniane à la Chapelle des Pénitents ou encore au Gwangmyeong Hall de Séoul dans le cadre de l’exposition « Barbie » du MAD Paris sous la direction d’Anne Monnier.